J'ai mal à la peau, ma peau me fait mal, me retient, m'empêche de m'affaler par terre, mais cette peau me fait souffrir, j'aimerais l'arracher, m'en défaire, la retirer comme un vêtement trop piquant, cette peau, cette vie trop lourde, comme j'aimerais la sortir de mon être, comme j'aimerais ne pas exister pour ne pas sentir le poids de cette peau, de cette vie qui me pèse. Comme une roue qui tourne, comme un manège sans fin, étourdissant, sans queue ni tête, sans vie, un tourniquet qui donne la nausée et le vertige, et le vide devant qui s'étend, infini... qu'est-ce qui m'attend si je m'aventure dans ce désert, si je visite la plaine noire, aveugle? Qu'est-ce qui est devant moi si j'habite ma peau jusqu'à la mort? Je souffre de ne pas vouloir de cette vie encore. Je voudrais me retirer, ne plus exister, ne plus avoir à respirer, à emplir mes poumons pour me faire vivre, pour alimenter ce corps et cette vie dont je ne veux pas. Où est le bonheur? Me souviens-je de l'avoir déjà côtoyé? Ai-je été déjà heureux à la mesure de mes idéaux? Ou même consciemment heureux de vivre? L'existence n'est pas un choix. Elle nous est imposée. Ça m'angoisse de me voir en train de rater ma vie, tellement que j'aimerais mieux ne jamais avoir vécu. Mes rêves sont prisonniers de boules de cristal qui meublent ma tête et n'en sortent jamais. Jétale mes pensées noires et blanches et je me sens prisonnière d'une cage dorée. Je n'ai envie de rien. De peu de choses en fait: J'ai envie de dormir tout le temps. J'ai aussi envie de manger, continuellement ou presque. Dernièrement j'ai essayé de reconnaître mes signaux de satiété. Je me bullshite moi-même. Je ne peux même pas me faire confiance, comment faire confiance aux autres, comment me confier? Je me sens indigne de confiance, incapable de faire face au travail, à des contraintes sociales. J'ai peur de retourner travailler. J'ai peur du jugement des autres. Et si vraiment je ne valais rien? Je n'ai pas envie de prouver quoi que ce soit à personne. C'est ça ma vie? Vivre endettée, stressée, enfermée dans ma tête , qu'est-ce qui m'attend de si excitant qui vaille la peine que je continue à me lever à chaque jour? La mort, un jour, finira bien par effacer toute trace de mon existence. Je suis trop lâche pour poser un geste, trop lâche dans tous les domaines. Je ne m'affirme pas, je ne crois pas en ma parole. Je me mens et je mens à mon entourage. Je leur fais croire que je suis bien, que je vais bien. Je rigole, je souris, je jase, je m'amuse, je joue à vivre une vie normale, je mets mon énergie à maintenir ma façade. Ne rien dire. Et tout ce temps, je sens dans ma poitrine une pression qui me noue la gorge. Et quand on demande si je vais bien, je dis, ouais ça pourrait aller mieux, mais ça va passer... oui, peut-être qu'un jour, ça va passer.